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arménie / musique arménienne
LA
MUSIQUE TRADITIONNELLE ET COMTEMPORAINE ARMENIENNE
Inès Ramananarivo
Chacun
des chapitres sont basés sur des recherches effectuées dans différents
livres d'auteurs arméniens ou autres nationalités. Il comporte une partie
historique et une partie musicale. La musique est
un art international présentant soit des aspects bien distincts pour
chaque peuple, soit des similitudes dues à la qualité du travail des
artistes, à la maîtrise des instruments, à des recherches en musicologie au
travers les pays du monde pour retrouver la trace d'instruments, de mélodies,
d'un art présent au quotidien depuis la nuit des temps.
L'histoire est très présente
dans l'art musical. Elle est en effet retracée aux travers des siècles dans
le chant, dans la danse, dans la musique. Nous ne pourrons qu'y faire référence
tout au long de cet ouvrage, ce qui présentera en soit un certain nombre de
redits, que l'on ne peut éviter, faute d'incompréhension, et plus particulièrement
dans une première partie, relativement longue, de l'aube de la civilisation
jusqu'à nos jours.
TABLE
DES MATIERES
PREMIERE
PARTIE : APERCU HISTORIQUE - CONSEQUENCES CULTURELLES
Chapitre
1 : Histoire
Hittites
Hourrites ou Khourrites
Hyksos
Mitanis
Ourartou ou Urartu
Traités
Chapitre
2 : Culture
La langue arménienne
Le patrimoine
SECONDE
PARTIE : LA MUSIQUE A TRAVERS LE TEMPS
CHAPITRE
3 : LES DEBUTS (~3000 - 1er siècle Ap. J.-C.)
CHAPITRE
4 : MUSIQUE SPIRITUELLE (1er - VIIIe siècles)
CHAPITRE
7 : ENVERGURE DE L'ART MUSICAL (Ixe - XIIIe siècle)
CHAPITRE
8 : ART DES TROUBADOURS (XIVe - XVIIIe siècle)
CHAPITRE
9 : NOUVEL ELAN DE LA MUSIQUE - XIXe - XXe siècle
TROISIEME PARTIE : MUSICALEMENT PARLANT
CHAPITRE
10 : BREF APERCU
CHAPITRE
11 : THEORIE
LEXIQUE
DES TERMES MUSICAUX
PREMIERE
PARTIE :

APERCU
HISTORIQUE - CONSEQUENCES
CULTURELLES
Que
ce soit dans le domaine musical ou dans tous les autres, le peuple arménien a
réussi à créer un art spécifique, usant de la sensibilité et des
particularismes de l'influence de tous ses voisins.
La
musique arménienne ne constitue pas un îlot isolé ; elle est représentative
de l'une des facettes évocatrices de la musique de toute une aire géographie.
aléry
Prussov
(Poète russe)
La
musique arménienne est surprenante par la qualité de son expression poétique,
elle est généreuse et ornée comme l'Orient, maîtrisée comme l'Occident ;
elle exprime la douleur sans désespoir, la révolte sans déchaînement,
enfin, l'admiration sans excès.
Komitas
Le
chant est un don naturel des paysans. Tous créent et chantent et chacun a sa
part dans la constitution du répertoire national de la chanson populaire.
Chapitre premier : Histoire
L'un des berceaux de l'humanité ...
Lieu tactique assis au carrefour de l'Orient et de l'Occident.
Ararat, mont neigeux, biblique, d'où
s'envole une colombe porteuse de paix, est, dans l'Histoire mythique, le
sommet du nouveau monde purifié par le Déluge. C'est en Arménie que l'Arche
se pose.
Hayk, descendant de Japhet, patriarche
biblique, fils de Noé, sera l'ancêtre légendaire des Arméniens. (Cf.
Bible, Genèse, VIII, 4)
L'histoire de l'ARMENIE, longue
de 3000 ans de luttes, est entrecoupée de quelques périodes de paix, de
glorieuses grandeurs et d'épanouissement. Romains, Byzantins, Mèdes, Arabes,
Mongols, Perses, Turcs, ont parcouru les différents contextes historiques de
l'Arménie qui sut, malgré de nombreuses vicissitudes conjoncturelles
successives, créer une civilisation originale et forger un patrimoine
culturel par la force de ses traditions, de sa langue, de sa religion, biens
précieux parvenus jusqu'à nos jours.
L'Arménie s'étend à 1.000 mètres
d'altitude, de la plaine de Transcaucasie au Plateau d'Anatolie, et de la mer
Noire à la Mésopotamie.
Elle est entourée de chaînes de
montagnes dont l'altitude varie entre 3 000 et 4.000 mètres. De ces hauteurs
émergent le mont Ararat (5 136 m) et le mont Arakadz (4 095 m). Le plateau
arménien est riche en lacs et en cours d'eau, nourrissant les quatre grands
fleuves du Proche-Orient : le Tigre, Euphrate, l'Araxe et la Koura .
*******
Hittites
Les hittites (hatti dans la
Bible) sont un peuple de l'Anatolie centrale, résultant de la fusion
d'autochtones (proto-hititties) et d'une aristocratie guerrière indo-européenne
arrivée au début du IIe millénaire.
Au ~XVIe
s. un premier empire hittite fut assez puissant pour intervenir en Syrie du
Nord (Alep) lutter contre les Hourrites et réussir, sous Moursil Ier, un raid
contre Babylone (~1530).
Après une période d'Anarchie et de guerre avec le Mitanni, la puissance
hittite culmina aux ~XIVe
et ~XIIIe
s. sous Souppilouliouma, Moursil II, Mouwatalli, Hattousil III. Néanmoins les
luttes menées contre les Egyptiens (Bataille de Qadesh v. ~1926)
contre les montagnards Gasgas au Nord, contre les Ahhijawa (Achéens?) au
Sud-Ouest, enfin contre les Assyriens, affaiblirent l'empire hittite.
Ce peuple disparut à la fin du ~XIIIe
s., probablement détruit par les Peuples de la mer. Des principautés
hittites survécurent en Syries.
Les Hittites formaient une société féodale,
militaire et religieuse, où le roi était aussi juge et grand prêtre.
Noblesse guerrière, propriétaires terriens et paysans, artisans, esclaves
constituaient les classes sociales, dont les rapports étaient régis par un
code de lois. L'agriculture formait la base de l'économie mais la richesse
provenait de l'exploitation minière (cuivre, plomb, argent, fer) ; la métallurgie
du fer, l'usage du cheval et du char de guerre assurèrent la suprématie
hittite. La religion était dominée par un couple de divinités solaires
(sanctuaire d'Arinna) ; influences Hourrites (Teshub et Hepa).
Hattousa
est l'ancienne capitale de l'Empire hittite, fondée par Hattousil 1er (~1650-1620).
Elle fut plusieurs fois détruite par des envahisseurs Gasgas, notamment sous
Mouwalli, et définitivement vers ~1200,
à la chute de l'Empire hittite. Ses ruines, aujourd'hui à bogazkale, en
Turquie centrale (province de Yozgat), ont été identifiées par H. Winckler
(1906).
Fortifications, ruines de temples et
de palais, magasins dont l'un livra des archives royales permirent de
reconstituer l'histoire hittite.
Les hourrittes sont un peuple
asiatique de l'Antiquité, installé en haute Mésopotamie (cours supérieur
du Tigre) dès le ~IIIe
millénaire. Il forma, dans les premiers siècles du ~IIe
millénaire, plusieurs royaumes, mal connus, en Syrie septentrionale jusqu'en
Palestine, reçut l'apport des cavaliers aryens envahisseurs et constitua
l'empire du Mitanni (~XVe
s.).
Divinités : Teshub, dieu de l'orage,
et son épouse Hépa. L'art hourrite, parent de l'art mésopotamien, s'en
distingue par une certaine rudesse; la civilisation influa sur celles des
hittites.
Les hyksos (de l'égyptien
Heqa-khase "chefs d'un pays étrangers"), sont des envahisseurs
asiatiques venus de l'est. Leur nom leur fut donné par Manéthon. Ils dominèrent
l'Egypte de ~1785
à ~1850.
Ils fondèrent un royaume dans le nord du pays et établirent leur capitale à
Avaris. Leur civilisation heurta violemment les traditions égyptiennes.
Apportant avec eux une partie des techniques indo-européennes, et notamment
de la pénétration des divinités asiatiques dans le pays, et adorateurs de
Seth qu'ils avaient assimilé à Baal, provoquèrent une haine farouche chez
les Egyptiens.
Réfugiés à Thèbes où ils avaient
formé une monarchie, les pharaons entreprirent bientôt une guerre de reconquête.
En ~1600,
Kamôsis chassa les Hyksos de la moyenne Egypte, et repris Memphis. Les
envahisseurs furent définitivement expulsés du delta puis du sud de la
Palestine en ~1580
par Amösis, fondateur de la XVIIIe dynastie. Ils disparurent
ensuite de l'histoire.
Les Mitanis sont un peuple
issue d'un Empire qui domina une partie de l'Asie antérieure (Arménie,
Syrie, Assyrie) aux ~XVe
~XIVe
s. Cet empire était composé d'une aristocratie guerrière mixte, hourrite et
aryenne, dominant une population agricole.
Il apparaît déjà formé v. ~1460
sous Shaushatar, vainqueur de l'Assyrie. Le Mitanni entretint de bonnes
relations avec Babylone et l'Egypte, les pharaons épousèrent des princesses
mitaniennes (c'est sans doute le cas de Néfertiti), mais après l'assassinat
de Dushratta v. ~1365
l'empire fut en partie reconquis par l'Assyrie ; le reste fut englobé dans
l'empire hittite après ~1355.
Sa capitale, Wassukana n'a pas été localisée.
Au ~XIIIe
s. les Assyriens mentionnent l'état de Naïri, puis celui d'Ourartou dont la
capitale, Touchpa, est située sur les rives du lac de Van. Moïse de Khorène
décrit dans 'Histoire d'Arménie" la capitale de l'Ourartou, dont il
attribue la construction à la légendaire reine Séminaris.
Il se forma, au tour du lac de Van, un
royaume puissant du ~IXe
au ~VIIe
s. Le premier roi connu est Ardur 1er, mentionné en ~856.
Dans la première moitié du ~VIIIe
s., sous Argisti 1er et Sardur III, qui prit le titre de Roi des Rois,
l'expansion urartéenne toucha l'Assyrie, la Syrie du Nord, les royaumes
hittites du Taurus, l'actuel Azerbaïdjan, mais elle fut entravée par la montée
de l'Empire assyrien (victoire de Teglath-Phalasr III sur Sardur III en Syrie ~743
; raid de Sargion II en Urartu ~714)
et par le passage des envahisseurs cimmériens (vainqueurs d'Argisti II v. ~706).
Le royaume disparut lors des invasions
scythtes (seconde moitié du ~VIIè
s.). La langue urartéenne était apparentée au hourrite. La civilisation
procédait de celle des Hittites. Le panthéon était dominé par Haldi, le
dieu national, Tesheba (le Teshub hourrite, dieu de l'orage) et Ardini,
divinité solaire. L'art était surtout remarquable dans le travail du métal.
*****
Au ~XVe
s.., Hittites, Hourrites, Hyksos et Mitanis, divers peuples d'une origine
proche, se partagent le plateau arménien. Les Hyksos partent d'Arménie pour
se lancer dans une vaste conquête du Moyen-Orient qui les mène jusqu'en
Egypte. Ils y régneront de ~1430
à ~1580.
Les "armen" apparaissent à
la fin du ~IXe
s., sur les ruines de l'Empire Assyrien : le royaume d'Ourartou, une des
plus grandes puissances de l'Orient antique. Originaires de Phrygie, parlant
une langue indo-européenne, ils sont les ancêtres des arméniens actuels.
Les différents peuples, Hassayens, Ouratiens et Armens se fondent en un tout
sur la terre de Naïri. Le nom des Armens finit par dominer et donne son nom
au plateau des habitants.
C'est ainsi qu'un Etat voit le jour,
l'Arménie, se hissant rapidement vers la puissance. Déjà, il se remarque
par une victoire retentissante sur les armées du roi des Perses Darios.
Lieu stratégique coincé entre de
grands empires, convoité par des Etats puissants, l'Arménie est l'enjeu de
nombreuses batailles. D'âpres luttes entre Grecs, Mèdes, Séleucides,
Romains et Parthes marquent les cinq premiers siècles de l'Histoire arménienne.
Cette nation s'oppose à tous ceux qui la convoitent par la force de ses
traditions, sa langue et sa culture. Rien ne peut détruire entièrement la
forteresse arménienne, peuple de montagnards épris de liberté, qui se
distingue par un niveau culturel très élevé. Outre l'agriculture et l'élevage,
les métiers se développent et se répandent.
Teïchébaïni, la ville du dieu Teïchéba,
centre administratif du royaume d'Ourartou en Transcausasie, est prise
d'assaut par les Scythes au début du ~VIe.
s.. En ~585
le royaume d'Ourartou disparaît de la scène de l'Histoire, après trois siècles
d'existence.
En ~321,
lors de la bataille d'Arbeles, l'Arménie, devient une province de l'Empire
d'Alexandre. En 190, l'Arménie n'a aucune peine à accéder à l'indépendance,
sans toutefois parvenir à s'unifier, les querelles sans fin de princes locaux
se révélant un élément de faiblesse.
C'est sous le règne de Tigrane II le
Grand (95-56 av. J.-C.), dont Cicéron dira "... qu'il a fait
trembler la République Romaine devant son pouvoir..." que l'Arménie
atteint son apogée. Grâce à ses conquêtes de la Mésopotamie, de la
Cilicie, de la Cappadoce et de la Palestine, Tigrane II le Grand fonde un
grand empire. Il mérite le titre de "Roi des Rois". Vaincu par les
Romains, il s'allie avec eux sauvegardant ainsi l'intégrité de ses
territoires et l'indépendance du pays. Le commerce avec l'Orient et
l'Occident contribue largement à l'épanouissement culturel du pays.
Cette apogée est de courte durée :
Pompée soumet l'Arménie, et le joug de Rome pèse lourdement sur elle. Dès
lors, l'Arménie n'est plus qu'un des royaumes vassaux soumis à la puissance
romaine.
Dix ans avant que Constantin n'opte
pour le christianisme, Saint Grégoire convertit le roi Tiridate III (301). En
adoptant le christianisme comme religion officielle, l'Arménie devient le
premier Etat chrétien, et va occuper une place à part, entre l'Empire
sassanide (Perse) et l'Empire romain.
Avec l'invention de l'alphabet vers
400 par Mesrob Machtodz, s'ouvre l'Age d'Or de la littérature. Consacrées
d'abord à la traduction des Evangiles, ces écritures elles se voueront
ensuite à l'histoire des arméniens. Elles
témoignent déjà d'une langue hautement développée, riche et aux
structures précises.
Du Ve au Xe s.
le pays connaît cinq siècles de domination byzantine, perse, arabe, puis
seldjoukide (turque). Sous cette dernière, les arméniens connaîssent des
souffrances indicibles pour préserver leur existence. Une partie de la
population se disperse et se réfugie dans les pays occidentaux où des
colonies vont se former (Crimée, Russie, Pologne, Hongrie). Une autre partie
se dirige vers la Cilicie ou est créée la Nouvelle Arménie (Royaume de
Cilicie) qui gardera son indépendance pendant près de trois siècles, et
succombera vers la fin du XIVème siècle, sous les assauts conjugués du
sultan d'Egypte et des chefs turcs.
Les querelles intestines du Ve
s. permettent aux Perses et aux Romains de se partager le pays. Bien que
soumise, l'Arménie n'en continue pas moins à conserver sa langue, ses moeurs,
ses chères tradition et son christianisme, pour lequel elle ne cesse depuis
lors de souffrir.
Des témoignages relatifs à ces temps
anciens ont été conservés grâce au chant du peuple, et, sous l'influence
byzantine (période de l'Empire romain universel 330-641), d'importants progrès
ont été remarqués en architecture, en sculpture, en théâtre et en
musique. Le théâtre donnera le jour à l'Art des Goussans.
En 640 l'invasion arabe précipite le
pays dans une période de deux siècles de décadence, de stagnation et de
souffrance. Le niveau hautement culturel du pays enregistre alors un déclin.
Malgré cela, l'Arménie préserve son identité : pas plus que les Perses,
les Arabes ne parviennent à réduire la foi indomptable des Arméniens et
leur amour de la liberté.
En 885, l'Arménie recouvre son indépendance
et connaît un nouvel essor.
Aux 16e et 17e
s., des guerres incessantes entre la Perse et la Turquie pour la possession du
bastion arménien aboutissent à un partage. La Turquie occupe alors la
majeure partie du pays, laissant à la Perse l'Arménie Orientale. Ce déchirement
anéantit le patrimoine culturel et les trésors de la civilisation millénaire
du peuple arménien qui se trouve devant un danger d'extermination physique.
Malgré ces conditions difficiles, les
Arméniens créent et développent leur culture nationale. Le premier livre
arménien est imprimé en 1512 (16e s.), au monastère des Mékhitaristes,
à San Lazzaro près de Venise, alors que le nombre de langues utilisées dans
les ouvrages imprimés dans le Monde se limite à neuf ou dix.
Jusqu'au 16e s. les Arméniens
ont pu sauvegarder, en Arménie même, les Universités de Gladzor et Tatev, où
trois disciplines se distinguaient : la philosophie, la peinture et la
calligraphie, la musique et sa notation. Au cours des siècles suivants, le
pays sera privé de ces Institutions d'Etudes Supérieurs jusqu'en 1919, lors
de la fondation de l'Université d'Alexandropol, l'actuel Léninakan.
En 1828, l'Arménie Orientale est
annexée à la Russie. Une nouvelle vie économique, politique et culturelle
apparaît.
En 1895, le sultan de Turquie, Abdul
Hamid II, surnommé le Sultan Rouge, ayant résolu d'éliminer physiquement le
peuple arménien, déclenche dans toute l'Arménie des massacres qui feront
plusieurs centaines de milliers de victimes. Ce crime n'est que la prémisse
du génocide perpétré pendant la Première Guerre Mondiale.
En avril 1915, l'INTELLIGENTSIA
est anéantie : lors d'une première rafle, plus de 2 000 journalistes, écrivains,
médecins, et autres notables de la communauté arménienne sont arrêtés.
Suivront, à partir du mois de mai, l'arrestation, la déportation et l'exécution
de plusieurs centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants : au
total, plus d'UN MILLION ET DEMI d'Arméniens seront les victimes d'un
crime inconcevable : LE GENOCIDE.
En 1918, l'Arménie, grâce à sa
volonté farouche, par un effort surhumain et une solidarité exemplaire du
clergé, des représentants politiques et surtout du peuple, devient une république
indépendante, reconnue au Traité de Sèvres, le 10 août 1920. Mais les Alliés
se refusent à la défendre contre le retour offensif des Russe et des Turcs Kémaliste.
La restitution de Kars et d'Ardahan est imposée. En 1920, l'Arménie, après
seulement deux ans d'indépendance acquise au terme de plusieurs siècles
d'assujettissement, est proclamée République Socialiste Soviétique,
reconnue par le Traité russo-turc de 1921.
Traité
signé le 10 août 1920 entre les puissances victorieuses, alliées et associées,
et la Turquie. Il consacre le démembrement de l'Empire ottoman qui perd
toutes ses possessions européennes sauf la région de Constantinople, et
toutes ses provinces du Proche-Orien (Arabie, Arménie, Egypte, Iraq,
Kurdistan, Palestine, Syrie et aussi Turquie) ; en Turquie même, la région
de Smyrne était cédée à la Grèce (au bout de cinq ans, unplébiscite
devait fixer le sort des populations). Ce traité déclenche la révolte de
Mustapha Kema qui, après la guerre gréco-turque, en obtint le remplacement
par celui de Lausanne.
En 1923, le Traité de Lausanne ruine
l'espoir d'un foyer national et contraint les Arméniens, sujets ottomans à
un nouvel exil.
24
Juillet 1923. Traité entre les puissances signataires du traité de Sèvres,
rendu caduc par les victoires de mustafa Kemal sur la grèce, et que celui-ci
remplaça. La Turquie récupérait la partie orientale de la Thrace. Imbros,
Tenedos et la région de Smyrne ; les populations grecques d'Asie Mineure et
turques de Grèces seraient échangées. Les capitulations sont abolies (elles
avaient été rétablies par le Traité de Sèvres). Les Détroits étaient démilitarisés,
mais la Turquie se réservait d'en interdire le passages à ses ennemis, en
cas de guerre.
L'essentiel
pour un créateur est d'être conscient de sa mission, de savoir pour
qui et dans quel but il crée, ce qu'il a à dire ; L'artiste doit se
sentir une parcelle de son peuple, il doit puiser à l'intarissable source de
son art national et en exprimer les intérêts vitaux. Voilà, à mon avis, le
principal pour un véritable artiste.
Aram
Khatchadourian
CHAPITRE 2 : CULTURE 
De part les événements qui se sont
succédés au sein de cette nation, les convoitises dont elle fut et est
encore l'objet, la culture et l'Art arménien n'ont eu de cesse que de se développer.
La culture est un tout, composé d'éléments
essentiels comme le langage, les us et coutumes, l'art, le savoir qui nous
viennent du passé et que l'on tend plus que tout à préserver au-delà de
tout événement historique.
Le chant et la musique font partie intégrante
de la vie arménienne. L'Art musical est un livre retraçant à lui seul toute
l'histoire d'un peuple connaissant tour à tour joies, souffrances, haines,
convoitises et passions....
L'arménien se situe entre les
branches orientales et occidentales des langues indo-européennes. Cette
filiation est d'autant plus probante que sa situation géographie place l'Arménie
bien plus proche du monde iranien que du monde hellénique.
Les racines indo-européennes forment
la couche la plus ancienne du fond lexical de l'arménien, autour de laquelle
se sont groupés des milliers de racines. Les bases grammaticales, les
terminaisons de la déclinaison, les voyelles prédésinentielles sont
conformes à la morphologie des langues indo-européennes.
Langue écrite au début du Ve s.
grâce à l'invention de l'alphabet vers 400 par Mesrob Machtodz,le "grabar"
devient la langue écrite dont se serent les arméniens du 5e au 10e
s. Son état structurel est "trimorphène" : racine, voyelle prédésinentielle
et désinence casuelle ou verbale. Cette disposition est une phase intermédiaire
entre le sanscrit, le latin, le grec ancien et les langues slaves.
Aux 14e et 15e
s. apparaît l' "achkharabar", appelé le moyen arménien. Cette
langue conserve pour partie les éléments du grabar. La déclinaison est
bimorphène : une racine et une terminaison dont le premier élément est la
voyelle prédésinentielle du grabar.
Aux XIVe et XVe s.,
cette langue dite aussi laïque, porte le nom de "langue civile" et
elle est employée tant par les poètes et troubadours, vers la fin du moyen-âge,
que pour la correspondance dans les rapports domestiques et dans la vie privie.
Traditionnellement, on accorde au
grabar une plus grande importance : les autres types de langues littéraires
écrites sont prises pour des langues de vie domestique de niveau inférieure
et ne jouissent pas d'une grande popularité.
Dans le courant du XIXè s.,
l'Arménie devient une nation, qui se doit d'avoir sa langue nationale,
facteur de développement social. L'écrivain arménien Abovian, prenant
conscience de l'importance d'une langue littéraire, se fait le défenseur et
l'illustrateur d'une langue tant littéraire qu'accessible au peuple.
A la seconde moitié du XIXè
la langue nationale se constitue de deux dialectes, l'occidental et
l'oriental, répartis en des proportions équivalentes. Le développement de
ces deux dialectes est remarquable : on assiste à la naissance de journaux et
d'une nouvelle littérature en langue nationale.
Grâce à des grands maîtres de littératures
tels que Raffi, Mouratsan, Toumanian, Chirvanzadé, Hovhannissian, Dourian,
Otian, Varoujan et bien d'autres, la langue arménienne s'élève au niveau
des langues littéraires des grands peuples cultivés.
Après la tragédie de 1915, les
survivants des massacres se disséminent dans le monde. La langue occidentale
joue un rôle des plus nobles en mettant en rapport entre elles ces diasporas
dispersées. Le rôle de l'arménien occidentale est la sauvegarde des Arméniens
dispersés de par le monde.
L'arménien est une langue aux
richesses multiples : dérivation et composition précises et souples,
possibilités illimités. L'orthographe et la grammaire sont conçues de telle
sorte que le quiproquo volontaire ou non est quasiment impossible.
Riche et vaste, le patrimoine culturel
arménien se présente sous différents aspects.Dans le domaine de la littérature,
les plus vieux manuscrits arméniens sont au nombre d'environ 25.000 que l'on
trouve à Jérusalem, Venise, Vienne, Ispahan, Londres, Oxford, Paris,
Tbilissi, New York... La plus riche collection se trouve, bien naturellement,
en Arménie, au Maténadaran, l'une des plus originales bibliothèques du
monde. Y sont conservés plus de 10.000 manuscrits en arménien, 4.000
fragments et 100.000 pièces tirées de différentes archives, et rédigées
en géorgien, grec, arabe, persan, turc, hébreu, latin, syrien, éthiopien,
russe... Ces manuscrits ont été confectionnés certains en Arménie,
d'autres à Jérusalem, à Alexandrie, Constantinople, Rome..., les plus
anciens datant du Vè s. Sont également conservés des traités
d'alchimie, de mathématiques, d'astronomie et de cosmographie datant de
plusieurs siècles.
La plupart de ces trésors sont des
chroniques ayant vu le jour entre le Ve et XVIIIe s.. On y trouve cependant
des méditations philosophiques, des partitions en vieux code musical arménien,
des formules chimiques et des ordonnances médicales, des études mathématiques,
géographiques et astronomiques.
Quid de la Musique lors des différents
contextes historiques de l'Arménie ?
Il est à noter que l'Histoire retient
trois grandes régions qui sont autant de nuances de la civilisation, et donc
de la musique arménienne : l'Arménie Occidentale et sa capitale
intellectuelle Bolis (Istanbul), le Royaume de Cilicie et l'Arménie
transcaucasienne où se trouve Etchmiadzine, centre du christianisme
monophysite.
Les origines de la civilisation arménienne
se perdent dans la nuit des temps. Grâce à des découvertes archéologiques
et des centaines d'inscriptions hiéroglyphiques, nous savons que cette
civilisation est l'une des plus anciennes, déjà florissante au troisième
millénaire avant notre ère.
La nation arménienne reçut sa
position historique et géographique définitive au ~Vie
siècle par la fusion de différents peuples.
Le manque de sources écrites est
l'une des principales difficultés dans les recherches musicales. En effet,
l'une des traditions de la musique arménienne est sa transmission orale
depuis des siècles.
Moïse de Khorène
signale des chants historiques et héroïques datant de plusieurs siècles.
Faust de Byzance et Yéghiché font
allusion à des fêtes païennes où la musique est présente et prisée.
Par ailleurs, certains fragments de
musique folklorique recèlent des traces de cet art lointain. Les auteurs en
étaient les goussan (chanteurs professionnels et poètes), les vipassan
(poètes et auteurs de poèmes épiques), les tsaynargou (pleureuses
professionnelles), les vartsag (chanteuses et danseuses).
En 301, l'Arménie est la première
nation au monde à proclamer le christianisme comme religion d'Etat.
Vers le Ve siècle, une époque
de spiritualité et de maturité culturelle caractérise le pays. La création
de l'alphabet contribue à l'achèvement de l'Age d'Or de la littérature. En
451, Vartan Mamikonian et ses vaillants compagnons résistent à la domination
perse.
L'invasion arabe en 640 plonge le pays
dans une période de deux cents ans de déclin, d'inertie et de tourment.
Pourtant, ces tribulations n'empêchent en rien l'Arménie de préserver une
culture riche et à facettes multiples. La musique annexe divers instruments
contemporains de la civilisation orientale n'entrant pas en contradiction avec
le caractère de l'art local. Elle en crée d'autres, conformes aux idées
culturelles nationales.
Des savants, des grammairiens se sont
intéressés de près à la théorie de la musique et à l'art lui-même. Ils
nous ont ainsi légué des ouvrages d'une
rare précision. Les textes les plus anciens sont des hymnes grecs de
Palestine, dont seulement 5% ont été conservés dans la liturgie grecque de
Constantinople (Première Epoque). Très vite, des compositions originales se
joignent à ces adaptations.
Deux aspects bien distincts marquent
la musique : la liturgie et la musique populaire, cette dernière étant très
prisée et recherchée dans les palais et plus généralement dans la classe
aristocratique. On ne peut réellement dire quelle est l'influence de la
musique populaire. On peut affirmer qu'elle a une large part dans la formation
culturelle, et que les textes reflètent les perspectives et exigences du
quotidien.
Parallèlement à cet art, la littérature
religieuse et populaire, les contes, les légendes, les thèmes d'amour, les
poèmes épiques sont très répandus et très usités par les musiciens. Aux
chants de labour, les horovel et pastourelles, d'autres genres se
greffent, enrichissant le patrimoine culturel. Religieuse, militaire, profane,
la musique mène tous les événements de la vie publique ou privée :
mariages, funérailles, cérémonies, montées aux combats, chants épiques ou
historiques, défilés triomphaux, fêtes nationales....
L'essor de la religion chrétienne
quant à elle nous apporte un aspect florissant de la musique liturgique. L'Eglise
emprunta d'abord les psaumes de l'Ancien Testament puis composa de nouveaux
textes liturgiques en s'en inspirant. Les textes et musiques de nombreux
cantiques ont été composés par deux grandes figures ecclésiastiques du Ve
siècle : Saint Sahak et Saint Mesrop. Ces cantiques se fondaient sur la
tradition séculaire de la musique populaire. La mélodie liturgique était
monophonique.
Grâce à Stephan Sunetsi (Etienne de
Sunik), une nouvelle époque de la littérature sacrée naît au VIIIe siècle
et Son ouvrage "Charagnots" (livre des Cantiques) compile les
chants et hymnes religieux. On lui attribue l'essor et le développement du
système de notation des neumes, qui, de nos jours, reste quasiment indéchiffrable.
Sahagadoukht, sœur de Stephan Sunetsi, possédait elle aussi une maîtrise
impeccable de l'art musicale. Vivant dans les grottes de Garni en Arménie,
elle enseignait le chant. Compositeur et auteur de nombreux cantiques et mélodies,
elle est la première poétesse et musicienne dans les annales de l'Histoire
d'Arménie.
CHAPITRE
7 : ENVERGURE DE L'ART MUSICAL (Ixe
- XIIIe siècle)

En 885 l'Arménie recouvre son indépendance,
et sa culture connaît un nouvel essor. Vers la moitié du Xie
siècle, les invasions des Turcs seldjoukides conduisent les Arméniens à émigrer,
ce qui conduit entre autres à la fondation du royaume de Cilicie.
A cette époque, les grandes villes
comme Dvin, Van, Kars, Ardzni, Ani, jouent un rôle considérable dans la vie
sociale, économique et politique. La vie culturelle d'Ani est nettement supérieure
à celle des villes de l'Europe occidentale du moyen âge. A Ani, Sanahine et
Narek, des séminaires sont fondés où l'on enseigne la théologie, la
philosophie, la cosmologie et la musique.
Cette période connaît également un
essor littéraire : le poète mystique Grigor Narekatsi (Grégoire de Narek)
(951-1003) se fraye une voie dans la poésie populaire.
La grande rénovation opérée en
Cilicie par Nersès le Gracieux (Nersès Chenorhali) (1102-1172) semble avoir
comporté outre un enrichissement considérable de l'hymnaire, une rénovation
de la notation neumatique. C'est au Ixe
siècle que se développe la notation neumatique, atteignant son point
culminant vers les XIIIe -XVe siècle La notation
neumatique décline pour disparaître vers les XVIIIe XIXe
siècle En l'absence des clés de déchiffrement, il est impossible d'affirmer
s'il y a eu ou non, transformation des vieilles mélodies.
Cette période voit naître le poète
et philosophe Frik, et le poète lyrique Constantin Erzengatsi (Constantin d'Erzenga).
Enfin, l'art des goussan
atteint son sommet. Les principales mélodies de ces troubadours expriment un
amour romantique et chevaleresque ou renferment un sens politique, historique
ou moral.
Il est essentiel là encore de noter
que la musique était monophonique et douée d'une grande profondeur émotionnelle.
La plus sombre époque historique de
l'Arménie s'étend du XIVe au XVIIIe siècle, marquée par les conquêtes et
invasions des Mongols, Tatars, Ottomans et Perses.
En 1555, le partage de l'Arménie
entre la Turquie seldjoukide et la Perse annihile le patrimoine culture et les
trésors d'une civilisation millénaire. C'est l'exode, l'émigration et par là
même la création de nombreux foyers arméniens de par le vaste monde.
De la gravité de ces époques
naissent les ballades narratives, les chants plaintifs, satiriques et surtout
les "antoun" (sans-demeure). Ce genre musical s'appelle le dagh,
chant composé sur des thèmes très larges renfermant des sujets
philosophiques, spirituels, lyriques ou comiques. Le dagh est la forme
la plus riche mais également la plus complexe de l'art monodique.
Les traditions musicales de ces époques
sont conservées grâce aux achough (troubadours), dont le plus renommé
est sans contexte Sayat Nova, dont l'oeuvre marque l'Age d'Or de l'art des goussan
et des achough.
"Ne
sois pas fier afin de plaire aux supérieurs
"Incline-toi
même par-devant tes inférieurs
Dieu
a donné une âme pareille à tous les hommes
"Aime
l'indigent, aime ton hôte, aime l'étranger".
Sayat
Nova (Extrait)
D'autre part, la perte d'une structure
étatique depuis près de dix siècles ne pouvait que renforcer l'attachement
des Arméniens à leur église, dans laquelle ils entendaient leur langue
classique, que le chant aidait à mémoriser.
L'histoire de la musique liturgique
est le reflet de la culture arménienne : ouverte aux richesses des différentes
cultures avec lesquelles elle entre en contact, elle n'en demeure pas moins
elle-même. Ainsi en témoigne le rejet des traductions arméniennes de la
liturgie romaine, établies par les Frères Uniteurs à l'instigation des
missionnaires dominicains au XIVe siècle
Les
musiciens arméniens de notre temps ont réussi à intégrer à leur musique
une tradition très spécifique et des courants venus du monde entier sans
s’enfermer dans la première ni se diluer dans les seconds.
Svetlana
Navassartian (pianiste)
Annexée à la Russie en 1828, l'Arménie
orientale connaît dans sa vie de tous les jours de nouveaux horizons.
Le massacre ordonné par le sultan
turc Abdul Hamid II durant la dernière décennie du XIXe siècle et le GENOCIDE
DE 1915 anéantissent la population arménienne, totalisant sur moins de
40 ans presque DEUX MILLIONS d'arméniens.
Puis, la nation connaît une brève période
d'indépendance de 1918 à 1920.
Durant la seconde moitié du XIXe siècle
la musique arménienne fonde son style sur les bases traditionnelles du
folklore national et assimile les trésors de la musique classique occidentale
et russe. Jusqu'à cette période la musique traditionnelle était
essentiellement monophonique. Les musiciens arméniens adoptèrent le style et
les principes fondamentaux de la polyphonie vers cette époque transitoire que
fut la fin du XIXe siècle
Si l'on peut se demander dans quelle
mesure les transcriptions du répertoire liturgique faites lors de ce siècle
sont fidèles aux mélodies médiévales, il faut avouer que la situation est
pire pour le répertoire profane.
Dans la sphère culturelle d'Istanbul,
de nombreux noms, encore célèbres aujourd'hui dans tout l'Orient, illustrent
le rôle de premier plan joué par les arméniens dans la musique savante.
Parmi eux on note Kemani Agopos Ayvazyan, Udi Krikor Berberian, Kemani Sebuh,
Lautaci Andon Nizarnian, et Kemani Tateyos Ekserjian.
Mention spéciale doit être faite de
Hambartsoum Limondjian (1768-1839), chanteur et compositeur, disciple du grand
maître Dede Effendi, musicien et soufi. A la demande du Sultan Selim III,
Hambartsoum sauve un pan énorme du répertoire classique ottoman grâce à
une notation musicale qu'il invente à partir des khaz (neumes) et
qu'adoptent les compositeurs turcs, grecs, juifs et arméniens de l'époque.
A l'époque contemporaine, un corpus
énorme de musique populaire a été transmis par Komitas (1869-1935), qui
passa le plus clair de sa vie à transcrire et à classer les mélodies. Avec
lui s'ouvre une ère nouvelle dans l'histoire musicale et culturelle arménienne.
Il fut le premier à définir la musique populaire comme la source et la
fondation mêmes de la musique nationale.
"Les
paysans arméniens chantent leurs chansons à l'unisson et sans accompagnement
instrumental. Les arméniens des villes connaissent peu l'art simple, mais éminemment
original, de leurs compatriotes ruraux. Dans l'harmonisation, j'ai eu le
constant souci de maintenir le caractère et le style de cet art particulier,
qui se révèle dans les mélodies rustiques arméniennes et porte un cachet
nettement national.Komitas
(extrait)
Dans le contexte oppressant de la montée
du nationalisme, il s'attacha à définir les critères propres aux différents
styles arméniens, les différenciant des autres répertoires ethniques.
Komitas, partisan de la sobriété
dans l'ornementation, sut -en particulier dans son traitement de la liturgie,
initialement mélodique- trouver un style polyphonique médian, où l'aspect
linéaire des parties mélodiques garde un accent de caractère modal. Ses
dons musicaux et sa perspicacité extraordinaires lui permirent de découvrir
la clé des khaz, permettant le déchiffrage d'une immense somme musicale.
Hélas, dans le chaos du GENOCIDE
DE 1915, ses documents furent détruits. Komitas perdit la raison sans
avoir pu communiquer sa découverte.
Kara Mourzaet Makar Yekmalian
dirigeaient alors la musique arménienne vers l'option polyphonique de l'époque.
Ce mouvement tendait à orienter l'art mélodique de la modalité vers la
tonalité et des échelles inégales vers le tempérament égal.
CHAPITRE
10 : BREF APERCU

Sans perdre de vue la référence
constante à la musique liturgique arménienne, le goût et le langage musical
des différentes diasporas a pris la couleur des terroirs ou des villes de résidence.
Les diasporas arméniennes ont simplement participé au développement des
langages musicaux de leurs différentes terres d'exil.
En Perse, par exemple, dans les périodes
rigoristes de l'Islam, les artistes musulmans étaient interdits de musique
profane et les arméniens étaient quasiment les seuls à perpétrer l'art des
instruments.
**********
A l'origine, la musique arménienne était
chantée à une voix ou à l'unisson, ce que l'on appelle en terme musical : "la
monodie".
Basée sur une série de modes
particuliers à son langage folklorique, le système tonal et modal varie d'un
peuple à l'autre, selon l'étendue de sa culture : langue, religion,
instruments de musique...
La musique arménienne possède une
grande diversité gammatique et modale. Elle ouvre un éventail de sonorités
et d'intonations propres à son univers. La fonction du son, à l'intérieur
de l'échelle, dépendant du registre et de la distance qui le sépare de son
voisin et non de sa hauteur absolue.
De source très lointaine, elle est
tributaire de la théorie musicale grecque, ayant transformé à sa manière
la division tétracordale.
Etablie sur un choix de gammes
phrygiennes, donc modales, totalement différentes des gammes majeures ou
mineures, la mélodie reposait sur une tenue (bourdon/dam), le plus souvent la
tonique, parfois la dominante : une même note continue sert de base métaphysique
aux divers rapports de hauteurs élaborées à partir d'elle.
La mélodie primaire, très riche en
ses formes et développements, sa valeur rythmique et métrique, considérablement
variée en son ampleur et ses fioritures, a subi très peu de changement dus
aux influences étrangères.
Depuis le VIIIe siècle Les
mélodies arméniennes sont recueillies grâce à la notation neumatique. Ce
système, dont l'usage s'est développé à partir du XIIIe siècle,
est peu à peu tombé en désuétude pour disparaître au XVIIIe siècle
sans qu'il reste aucune trace de la codification utilisée, rendant muets des
milliers de chants notés dans les manuscrits anciens.
Grâce à un travail de maître, le Révérend
Père Komitas, éminent compositeur et ethnologue, a percé en partie le
secret de cette notation mais ses manuscrits ont disparu.
Une nouvelle notation neumatique a été
mise au point au XIXe siècle par Hambartsoum Limondjian, et il
existe de volumineux recueils de chants liturgiques et profanes retranscrits.
Chacun des termes musicaux utilisés
sera défini dans un lexique des termes musicaux auquel nous vous
conseillons de vous reporter, de telle manière que les chapitres et
paragraphes à venir puissent être accessibles à tous. "Nul n'est prophète
en son pays" et chacun d'entre nous peut avoir soit des lacunes, soit un
intérêt médiocre pour cet Art qu'est la musique, préférant l'écoute de
celle-ci plutôt que l'exercice périlleux qu'est sa vie, de son imagination
dans l'oeuvre du compositeur, à sa transcription sur papier et à sa vie dans
nos oreilles.
*****
Chaque mode et chaque gamme portent
un nom distinct : Née directement de la
pratique, cette théorie diffère de la théorie musicale grecque et de ses
divisions tétracordales. Néanmoins, l'étude de ces méthodes et du système
tonal révèle une similitude assez frappante avec la musique byzantine.F
Littéralement, le mode est une
manière d'être et de faire, dont l'élément essentiel en musique est le
choix d'une échelle fondamentale qui sera l'objet d'un traitement approprié.
Dans une acception plus étroite, ce terme désigne habituellement la répartition
des intervalles
dans l'échelle type d'un système musical. La gamme est une succession
des notes d'un mode, disposées dans l'ordre des fréquences ou décroissantes.
Les gammes diffèrent par la répartition des intervalles entre les notes et
par la hauteur absolue de celles-ci. Elles peuvent être diatoniques ou
chromatiques. Tandis que la gamme est en principe limitée (elle s'étend
de tonique à tonique), l'échelle est théoriquement illimitée ; mais les
deux termes sont souvent utilisés comme synonymes.
La notation musicale arménienne ne
représente pas la hauteur tonale absolue comme dans la musique occidentale.
Dans la musique arménienne, la hauteur d'un son peut varier jusqu'à une
quarte ascendante ou descendante, même si le son en question est transposé
dans la notation occidentale. Ces variations sont déterminées en premier
lieu par le registre vocal du chanteur d'après lequel on accorde
l'instrument.
Le système tonal
populaire consiste dans l'enchaînement de tétracordes. Le tétracorde
est un intervalle de quatre degrés, contenu deux fois dans l'octave tempérée
Il est à la base de la théorie musicale grecque. C'est-à-dire que chaque
dernière note du tétracorde est en même temps la première de la suivante
et que la fonction des hauteurs des quatre notes entre elles reste invariable.
Nous servant provisoirement de la note
do comme base, nous pouvons concevoir un enchaînement de tétracordes allant
à l'infini. Cependant, il est souhaitable de se limiter à trois tétracordes,
l'importance de la note fondamentale se perdant au-delà.
Sur cette même rangée de notes, nous
relevons deux gammes dont, à partir du ré et par tétracordes, la gamme
éolienne ; cependant que du mi, et toujours par tétracordes, nous avons
la gamme phrygienne, deux gammes très courantes dans la musique arménienne.
En ce qui concerne la gamme grecque
antique dite pythagorienne comportait sept notes, c'est parce que les
astrologues chaldéens avaient transmis aux Hellènes la connaissance des sept
planètes. Nous vivons encore aujourd'hui sur cet héritage.
La notation musicale arménienne
comprenait deux systèmes : la notation classique neumatique et la
notation classique occidentale.
Depuis le VIIIe siècle,
les arméniens enregistraient leurs mélodies par la notation neumatique. Ce
système de notation fut en usage particulièrement du XIIe au XVe
siècles, puis, peu à peu, tomba en désuétude pour disparaître
définitivement vers les XVIIIe et XIXe siècles.
Les plus anciennes mentions sur la
notation arménienne datent du Ve siècle ("lettre pour
chant"), mais ce n'est que du XIIIe au XIXe siècles
que nous sont parvenus des manuscrits notés et conservés, récemment découverts.
Les systèmes de notation ancienne sont proches des neumes du plain-chant
; les signes s'appelaient des khaz.
La littérature musicale des notations
neumatiques classiques est riche mais non déchiffrée. Un vaste héritage
culturel nous serait certainement révélé, mettant au jour de nombreuses
facettes de la musique arménienne et de ses caractéristiques, sans oublier
des indices sur la vie courante de l'Arménie du Moyen age.
La nouvelle notation arménienne
inventée par un musicien de talent, Hambartzoum Limondjian (1768-1839) a été
mise en pratique à partir des années 1813-1815. Cette notation est en
principe semblable à celle qui fut obtenue en Europe par la combinaison de
l'usage des neumes avec celui des lettres de l'alphabet latin ; mais elle est
adaptée à l'octave fondamentale de la musique populaire arménienne.
Lorsque nous comparons cette notation
neumatique avec la notation courante occidentale, nous obtenons les tableaux
suivants
Pour conserver le même rapport
gammatique entre ces deux notations différentes, pour obtenir la relation
"1, 1, 1/2, 1, 1, 1, 1/2" des sons de la gamme tempérée, il faut
commencer la gamme neumatique arménienne non pas au Po mais au Bé.
On obtient
Les khaz donnés en exemple
représentent l'échelle de la première octave ; pour obtenir un registre
différent, élevé ou grave, on ajoute un petit signe sous les khaz :
L'altération est un signe de
la notation musicale placé devant une note dans le cours d'une partition, ou
après la clef. Elle sert à modifier la hauteur des notes placées sur la même
ligne qu'eux. En musique classique occidentale les cinq sortes d'altérations
usuelles sont :
L'ensemble des signes d'altération
placés après la clef s'appelle l'armure ; celle-ci est caractéristique
de la tonalité. Les signes d'altération intervenant dans le cours d'une
composition sont appelés parfois accidents. L'effet d'une altération
se poursuit jusqu'à ce qu'une altération contraire l'annule.
Dans le système de notation
neumatique, l'altération est rendue par le petit signe au-dessus de la
note et se rapporte au dièse ou au bémol, selon la note utilisée :
L'analyse et le déchiffrage de
l'ancien système neumatique ont attiré de nombreux musicologues arméniens
et étrangers, qui se sont longtemps penchés sur cette notation oubliée;
Seul le grand Komitas y parvint.
Quelques traités nous révèlent
toutefois l'existence de "tons et demi-tons mineurs", intervalles
plus courts que le ton occidental, d'où un ton plus bas d'environ un quart,
et qui est courant dans la musique populaire vocale et instrumentale arménienne.
Cela contribue à donner à l'auditeur européen l'impression que les
intervalles ou que les tons sont faux, alors qu'il s'agit d'une
pratique différente, engendrant fréquemment des inflexions de trois quarts
de ton ou d'un quart de ton.
Ce ton, que nous appellerons "ton
bas" et qui sera reproduit par une barre à la gauche de la note se révèle
sur une échelle de quarte et se trouve à la base même de la gamme
phrygienne.
En nous basant sur la qualité de
chaque ton et de chaque intervalle existant dans la musique populaire, nous
aurons la gamme chromatique suivante :
Ce qui nous donne des gammes non tempérées
de 15 tons égaux et inégaux au lieu de 12 tons et demi-tons de l'octave tempérée.
Par leur couleur, leur inflexion et
leur intonation, ces tons bas enrichissent la musique nationale.